Le DrawDown : un nouveau concept ?

février 24, 2008


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Non, juste une variable de plus caractérisant une stratégie analysée sur un intervalle de temps donné. Rien de difficile donc, ni de nouveau, mais un chiffre qui apporte un point de vue à conserver à l’esprit.

Définition

Très visible lors de l’analyse chartiste (voir le graphique d’en-tête), le « max drawdown » entre t1 et t2 est la mesure de la diminution maximale d’actifs (somme des PnL) dans cet intervalle.
C’est donc la perte cumulée supportée entre un maximum et un minimum consécutif d’actifs, tous deux compris entre t1 et t2.


Analyse

Le drawdown mesurant le recul de son capital comme nous l’avons défini ci-dessus, le trader devra étudier, en cas de drawdown significatif, ses capacités à « remonter la pente ».

Il n’est pas rare que dans le cadre de la souscription à un fonds spéculatif, le particulier ait une garantie minimale de récupération de son capital. Il est en effet souvent stipulé qu’un drawdown qui ferait supporter une perte latente de 20% à l’investisseur sur la base de son capital investi, déclencherait la liquidation de ses parts.

Et pour cause… Plus vous perdez, plus vous devrez performer pour revenir au ‘statu quo ante’.
Un exemple simple à se représenter : un drawdown de 50% (soit une diminution de moitié de vos actifs investis) impose 100% de performance pour récupérer le capital.
Evident mais effrayant n’est-ce-pas ? Plus vous perdez, plus il sera difficile de revenir, donc plus il sera tentant d’augmenter le levier, donc plus les potentielles futures pertes seront conséquentes et la récupération du capital incertaine.

Pour revenir à l’exemple de la clause des 20%, vous comprenez maintenant mieux pourquoi « si peu ». Constatez par vous-mêmes le précipice qui vous attend au delà :

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A retenir

– pour l’investisseur :
L’analyse des DD d’une strat révèle la régularité et la prise de risque du gérant.
Lors de la sélection de vos fonds, privilégiez donc toujours une stratégie historiquement moins performante mais au Max DD inférieur.

– pour le trader (gérant) :
Fuyez les DD démesurés comme la peste.
Ce qui implique deux choses : ne pas (trop) forcer sur le levier (nous y reviendrons dans un autre billet : le levier n’est jamais un problème en soit sauf lorsque le money management n’y est pas adapté), et adoptez un money management… J’allais écrire pertinent… Enfin faîtes du money management (tout court) : cut your losses short pour ne pas précipiter vos pertes, et let your profits run pour rattraper les inévitables (mais contenues) pertes.

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Problématique fiscale…

février 22, 2008


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Pression fiscale

La France, c’est un taux de prélèvements obligatoires supérieur de plus de 4 points à la moyenne européenne (44% du PIB contre 39.6%).

L’Europe, c’est un taux de prélèvements obligatoires dépassant celui des Etats-Unis ou du Japon de quelque 13 points de pourcentage.

La CSG, c’est 1.1 milliards de recettes de plus que prévu (chiffres 2008 de la Commission des comptes de la sécurité sociale), se décomposant en 270 millions d’euros sur les revenus du patrimoine et 840 millions sur les revenus de placement.

La taxe sur les plus-values boursières, c’est 2% d’augmentation (passée inaperçue) pour 2008, c’est donc désormais 29%.

Le bouclier fiscal à 50% des revenus, même incluant dans son assiette de calcul la CSG et la CRDS, vendu comme le moyen de rapatrier les capitaux en France, n’a pour l’instant jamais ramené personne, et pour cause, en négociant son forfait fiscal en Suisse, on paye encore 5x moins.

La médiatisation du bouclier fiscal, c’est faire l’impasse sur la situation de ceux qui n’en bénéficient pas, et qui en attendant aimeraient bien avoir quelque espoir de s’enrichir.

La gestion de patrimoine audacieuse en France, ça consiste à déterminer comment développer son capital puis en vivre sans l’entamer. Mais sauf à être déjà riche, on n’a toujours pas trouvé comment faire.

L’harmonisation fiscale, ça consiste à niveler les prélèvements obligatoires par le haut, et non par le bas, comme le montre la récente tendance dans l’Union Européenne depuis 2005 précisément, et tout particulièrement dans la zone euro.

La dénonciation des pays à fiscalité privilégiée (portée par la grande majorité des courants politiques de tout bord), c’est la recherche de l’ultime asservissement de l’homme (quand tu n’auras plus d’endroits où partir, alors tu resteras et tu subiras).

L’imposition en cascade, ça consiste à taxer ce qui l’a déjà été : revenus du travail, revenus du capital constitué au moins au début et au moins en partie par le travail, imposition des dividendes distribués par des sociétés déjà soumises à l’IS, impôt sur la fortune, sur les dépenses, sur la succession… Autrement dit, l’impôt concerne plus les mouvements de capitaux que le gain proprement dit.

etc… (malheureusement)



Ceci étant précisé, voyons ce qu’il en est quand on s’intéresse à la « fiscalité spéciale du trading ».

Oui parce que dans certains pays, si vous gagnez de l’argent en bourse, une partie de votre PnL devra être versé à l’Etat pour qu’il en fasse un meilleur usage que vous…



Absence de statut du trader indépendant

Il semble désormais acquis que le particulier faisant du trading une activité secondaire échappera à la requalification, autrefois tant redoutée, en trader professionnel, même s’il exerce « à titre habituel » (notion redéfinie le 14 février 2001 par le Conseil d’Etat en « dans des conditions analogues à celles qui caractérisent une activité exercée par une personne se livrant à titre professionnel à ce type d’opérations »).

Mais peut-on transposer ceci dans le cas d’une personne privée tradant à titre principal ?
La question est plus complexe car dépasse les simples conditions d’accomplissement de l’activité de trading. Ici, le particulier a une activité d’indépendant. Et devrait donc être déclaré comme tel… ?

Développons ces deux cas :

Cas n°1 : vous avez un emploi quelconque et vous tradez à côté, même de manière régulière et avec un volume de transactions important : en cas de litige vous ne devriez pas être requalifié en professionnel. Notamment, une instruction de 2005 précise que des gains supérieurs aux revenus professionnels du contribuable ne sont pas, en eux-mêmes, suffisants pour requalifier ce contribuable. Bref, considérez que vous oeuvrez toujours dans le cadre de la gestion de votre patrimoine. Par exemple, même avec un abonnement Reuters ou Bloomberg vous ne ferez qu’exploiter un service offert aux particuliers, certes très cher, mais pour autant vous ne disposerez jamais des contreparties, des liquidités, des informations, des fonds, des accords bancaires et des services dont disposent les sociétés de gestion et les salles de marché.
Les petits malins ne voulant que trader se débrouilleront donc néanmoins pour conserver une activité de salarié à temps partiel et à domicile, histoire de… diminuer les risques afférents à la définition du statut.
Mais alors a-t-on ne serait-ce qu’un exemple d’un particulier tradant à titre secondaire « dans des conditions analogues… » ?
C’est la première incertitude.
Si le cas existe, aucun litige n’a encore été soulevé à ce propos, d’autant que je mets le Fisc immédiatement au défi de prouver qu’un particulier peut trader « dans des conditions analogues… » (éléments de preuve : profondeur des carnets d’ordres, lignes de crédits accordées, décalage des flux, etc…). Si le cas n’existe pas c’est qu’on a entendu viser ceux qui feraient du trading leur activité principale… Ce qui nous amène au…

Cas n°2 : vous faîtes du trading votre activité principale, vous n’avez pas de contrat de travail par ailleurs, bref vous ne déclarez pratiquement que ça, autrement dit vous en vivez.
D’après ce que nous venons de voir ci-dessus, l’activité serait-elle audacieuse au point que vous soyez immédiatement qualifié de professionnel et considéré comme travaillant « dans des conditions analogues… », comme s’il ne pouvait en être autrement quand on vit de la bourse ? (rappelez-vous que ce n’est pas dans les mentalités)
Très certainement. Mais en pratique la piste à suivre est plutôt celle de savoir de quel statut vous allez relever puisque vous êtes indépendant… Profession libérale ? BNC ? BIC ? Déclaration URSSAF ? Autrement dit revenus professionnels, et donc le maximum à payer ?
Il semblerait que ce soit bien le cas avec un consensus se profilant autour de la case BIC.
Et avec une nouvelle difficulté qui pointe à l’horizon… En France les activités indépendantes sont encadrées. Mais celle de trader ne l’est pas, ce qui risque de crisper l’administration. Notamment, sachez que le Forex est un marché relevant du monopole des banques… (et tant qu’on y est, les plus-values du Forex ne suivent pas le régime des plus-values boursières mais celui des plus-values immobilières, en cas d’activité secondaire bien entendu, d’après la DGI… Ce n’était pas suffisamment compliqué…)
Et encore, je ne vous parle que du trading en fonds propres, non du trading pour compte de tiers (gestion sous mandat) : imaginons que vous décidiez non seulement de faire du trading votre seule activité, en France, et qu’en plus un ami souhaite vous confier quelques fonds (de sa propre initiative, on est bien d’accord sur le fait que l’appel public à l’épargne est impossible ici…), alors ce n’est plus un problème que vous devez résoudre, mais un casse-tête, et en matière fiscale ça casse vraiment…

Soyons clairs : personne n’a jamais trouvé réponse à toutes ces questions. En fait, l’administration n’a pas encore pris conscience des enjeux, et tous les traders individuels (il y en a) opèrent pratiquement comme bon leur semble avec de grandes disparités suivant les régions et suivant les déclarations. Ils sont de bonne foi et opèrent souvent en toute légalité, mais sachant que le cadre légal est tout relatif, tout est légal et fonctionne tant que personne ne décide de venir vous ennuyer. Et ceux qui décident de poser officiellement la question obtiennent autant de réponses (quand ils en reçoivent…) qu’il existe d’interlocuteurs.

Par conséquent, toutes ces incertitudes issues très certainement du fait, d’une part que la spéculation boursière n’a sûrement jamais été envisagée comme un « travail » en France, et d’autre part que l’administration est toujours en retard d’une guerre par rapport aux évolutions technologiques qui en l’occurrence ont permis la diffusion et l’accès online des comptes de trading auprès des particuliers, entraînent une insécurité juridique et fiscale manifeste.



Incompatibilité de l’impôt avec l’activité de trader

Parce que trader est un des rares métiers où l’on prend des risques avec son outil de travail, en l’espèce son capital. Si vous êtes salarié vous pouvez toujours louer vos services quelque part, si vous êtes trader et que ça se passe mal, vous êtes définitivement grillé, sauf à reprendre une activité de salarié le temps de vous refaire avant de revenir dans le jeu.

Votre capital est non seulement votre outil de travail, mais il est aussi votre garantie pour l’avenir.

En effet, les gains issus du trading devront être affectés comme suit :
– revenus nécessaires pour vivre
– réallocation dans le capital afin de diminuer progressivement les risques correspondants à des objectifs de gains équivalents ou croissants
– affectation à l’épargne de précaution : et en cas de cessation de l’activité, et pour préparer sa retraite (on n’exerce pas une activité aussi intense bien longtemps), et pour compenser les inévitables périodes de pertes.
chèque pour le trésor public

Tout trader doit donc non seulement gagner de l’argent pour vivre, mais surtout entrer dans un processus d’enrichissement global.

Vous avez donc bien compris que la plus-value nette déclarée n’est pas votre revenu, mais votre revenu + les réinvestissements mentionnés ci-dessus que vous ne touchez pas tant que vous exercez. Réinvestissements qui sont la condition de poursuite de votre activité. Or cet argent sera diminué…

L’impact de la fiscalité dans cette mécanique par définition précaire se passe donc de trop de commentaires…
Un peu comme l’impôt détruit de jeunes entreprises qui ne peuvent plus faire face à la pression fiscale et réglementaire alors qu’elles auraient pu s’en tirer autrement, l’impôt détruit l’activité de trader car détruit les rouages de votre processus d’enrichissement : comment en effet concevoir une activité qui, à stratégie et à capital de départ donnés vous contraint à multiplier vos gains mettons par 2 pour tirer les revenus escomptés ? Si vous devez multiplier par 2 vos gains, c’est soit que votre capital de départ doit être 2x plus important, soit que votre stratégie doit être 2x plus efficace, donc on ne parle plus du tout (mais alors vraiment pas !) de la même chose… C’est mathématique et implacable.

Mais alors pourquoi ne pas accepter de prendre sur la catégorie « revenus pour vivre » afin de ne pas détruire sa stratégie ? Après tout, comme tout le monde !
Parce que si je vous dis que cette catégorie reçoit 20% de votre PnL après impôts et réinvestissements, je suis encore très optimiste…
Si je vous dis qu’un très bon trader envisageant de faire constamment du 50% par an est lui aussi très optimiste…
Alors ‘in fine’ faîtes le calcul…
Vous en concluez qu’on ne peut en aucun cas n’imputer la fiscalité que sur la case revenus au risque d’avoir des revenus frôlant le néant (ce qui n’est quand-même pas le but), ou au risque d’avoir l’obligation de démarrer son activité avec un capital frôlant le million d’€, ce qui est fort dommage quand on sait qu’on aurait pu faire la même chose et réaliser son potentiel avec deux à trois fois moins.


Donc pour toutes ces raisons, toi, trader en France, tu as un problème.

Ou sinon, j’ai rédigé un article et mis en ligne un pdf quelques titres en dessous, grâce auquel vous pourrez sereinement choisir votre prochain lieu de villégiature le temps de faire des projets d’avenir.

Parce que La France, si tu t’aimes tu la quittes.

Marché actions 2008 : état des lieux

février 12, 2008


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    Arguments en faveur d’un marché bullish :

Les entreprises se portent bien
Les marchés émergents ne faiblissent pas
Les liquidités restent abondantes
Les valorisations ne semblent pas excessives

    Arguments en faveur d’un marché bearish :

La crise financière n’est pas terminée
Des craintes de ralentissement macro-économique se font sentir
Le marché immobilier menace
Le poids des devises et des matières premières
Nous sortons de 4 ans de « bull market »



Quoique très classiques, ces considérations nous amènent à démarrer l’asset management 2008 par un stock-picking plus rigoureux qu’à l’accoutumée.
C’est aussi la voie que semblent emprunter la plupart des grandes maisons de gestion.
A ce titre il se murmure le retour des valeurs peu cycliques, aux marges élevées, et à la croissance auto-financée type Telecom, Medias, Energie, voire la Santé qui est en retard.

Pour ceux qui souhaitent conserver leur portefeuille en l’état et une gestion plus traditionnelle, pensez à vous couvrir dans la mesure du possible.
A ce titre un prochain billet aura trait aux produits dérivés.

Les deux chiffres de l’analyse statistique

février 10, 2008


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C’est-à-dire : le ratio rendement/risque et le % de trades gagnants.

L’objectif étant de savoir utiliser ces deux variables pour déterminer statistiquement les chances de succès d’une stratégie de trading.

Nous allons donc expliciter ces deux variables tout en tirant les conclusions qui s’imposent, à savoir : vers quelles valeurs doit tendre une stratégie gagnante, ou : tradant depuis X mois ou années, ce trader a-t-il une bonne stratégie ? En effet, sans qu’il soit nécessaire de le démontrer, en trading comme en sport ou dans la vie de tous les jours, si la chance nous sourit on peut gagner dans les résultats tout en ayant eu une méthode « perdante » à savoir trop risquée, tout comme une méthode gagnante peut ne pas amener rapidement les résultats escomptés.
Et c’est d’autant plus délicat qu’un paramètre peut compenser l’autre en amenant exactement le même résultat alors que la stratégie diffère.


Alors tout d’abord, qu’est-ce que le pourcentage de trades gagnants ?
Il s’agit du nombre de trades clôturés en PnL positif, sur le nombre total de trades clôturés.
Par « trade » on entend l’ouverture d’une position directionnelle (long ou short) de n’importe quelle taille. La définition a son importance car chaque nouvelle ouverture sans fermeture de la pose en cours, c’est le cas quand on souhaite accroître son exposition tout en décalant le prix d’entrée (pyramidage), sera comptabilisée comme un trade nouveau (donc pas de calcul du prix d’entrée moyen mais un calcul pour chaque trade).
Dans toute étude statistique, plus l’échantillon de population observée est important, plus l’étude est fiable. Ici c’est très simple, il suffira de comptabiliser le nombre exact de trades clôturés gagnants au fur et à mesure de l’avancée des trades, c’est-à-dire lorsque le prix de clôture était supérieur au prix d’entrée pour une position longue, et inversement pour une position short.


Pour ne pas donner l’impression d’enfoncer des portes ouvertes, enchaînons tout de suite sur une réflexion d’importance :
Un trader qui tire sa position directionnelle au sort obtiendra-t-il sur le long terme 50% de trades gagnants ?
Avouez que vous vous êtes tous dit « oui car il aura raison une fois sur deux ».
Mais peut-être que certains d’entre-vous se sont aussi dit : « quoique… on peut avoir raison pendant un temps puis tort si le marché se retourne… », ou bien « s’il a tort il peut très bien attendre que le marché se retourne et avoir finalement raison… ».
Effectivement, ce n’est pas si simple n’est-ce pas ?

En bref, vous l’aurez compris, c’est le moment auquel le trader va clôturer (ça y est, le mot est lâché) sa pose qui va déterminer si le trade est gagnant ou non.

Pour autant, est-ce bien nécessaire de chercher à avoir le maximum de trades gagnants ?

A priori, puisque nous avons vu que toute perte latente peut se transformer en gain, et que tout gain latent est susceptible d’être encaissé, il semble logique qu’en intervenant à la marge en ce sens et qu’en s’en remettant pour le reste aux statistiques, on devrait pouvoir maximiser son % de trades gagnants.

Pourtant les débutants s’obstinent à perdre… Alors quoi ? Quel est le problème ?
Et bien, psychologiquement, c’est justement en pensant que « toute perte latente peut se transformer en gain, et tout gain latent est susceptible d’être encaissé » que le trading devient perdant. En effet, il est dans les réflexes du débutant de vouloir avoir raison sur les marchés et de vivre comme une défaite le fait de réaliser un trade perdant. On observe ainsi qu’en voulant obstinément sortir en positif, il concrétisera très vite la moindre plus-value latente, alors qu’il attendra fébrilement que le marché se retourne pour lui donner raison en cas de moins-value latente.

Car le débutant ne veut pas « perdre ».
Sauf que le débutant ne fait pas la différence entre « trade perdant » et « montant des pertes ».
Parce qu’il ignore qu’en plus du % de trades gagnants, il existe une autre façon de calculer : au lieu de comptabiliser le nombre de gains ou de pertes, comptabiliser le montant de ses gains ou pertes. En effet, indépendamment du nombre de fois où il a raison ou tort, il oublie de calculer combien il perd quand il a tort, et combien il gagne quand il a raison.

A résultat équivalent, on peut perdre peu mais gros (et gagner souvent mais petit), comme on peut perdre souvent mais peu (et gagner peu mais gros), l’idéal étant bien entendu de gagner souvent et gros, sachant qu’on peut tout aussi bien se contenter de gagner à peine plus souvent qu’on perd tant qu’on ne perd pas plus que ce que l’on gagne…

Cette face « cachée » du trading est intégrée dans ce que l’on nomme le ratio rendement/risque (ou reward/risk ratio)

C’est justement en combinant le « % » et le « ratio » qu’on définit une stratégie de trading.

Alors précisément, caractérisons le ratio rendement/risque :
Le risque est calculé à partir du montant des pertes. Le rendement, lui, sur la base du montant des gains.
Techniquement, le risque est égal à la moyenne des pertes de chaque trade perdant, et le rendement à la moyenne des gains de chaque trade gagnant. Ainsi, plus on accumule des trades gagnants pour de gros montants et plus on limite la taille des pertes de chaque trade perdant, plus le ratio est important.

L’objectif premier du trading est la recherche d’un ratio rendement/risque maximum.
A contrario, un débutant qui encaisse trop vite ses gains et qui laisse courir ses pertes (jusqu’à la ruine ou jusqu’à qu’il décide de stopper les dégâts : généralement un peu tard…) aura un ratio trop faible. Dans les faits cela va se traduire, au mieux, par une minorité de trades perdants, mais anéantissant les multitudes petites plus-values des trades gagnants.

Par exemple, un ratio de 1 indiquant que statistiquement chaque trade gagnant fait perdre autant que rapporte chaque trade gagnant, le % de trades gagnants devra être supérieur à 50% pour que la stratégie soit globalement gagnante.

Ainsi, plus le ratio est inférieur à 1, plus le % devra être élevé pour compenser.
Inversement, plus le ratio est supérieur à 1, plus le trader s’autorisera un % a priori décevant.

Certains diront qu’un % de trades gagnants maximum autorise un ratio limité… Certes, sauf que :
1/ Le préalable à l’activité de trading est l’intégration du fait que les marches financiers conserveront toujours une part importante d’aléas qu’il serait prétentieux de vouloir surmonter
2/ Et c’en est la conséquence : quelle est le seul paramètre que le trader peut (doit ?) garder sous contrôle ?

Le risque ! Always keep risk under control !!!

Exit les martingales, exit le « je vais me refaire » (cf. le billet « les 7 péchés capitaux).

Qui dit risque calculé dit point de départ à l’élaboration de sa stratégie de trading.
Mettons qu’à chaque trade le bon trader va risquer 1% de son capital : il sait d’office et pour l’avenir que quoi qu’il advienne il ne pourra pas perdre plus de 1% du K sur ce trade.
(Ce n’est pas le sujet de ce billet, mais notons qu’il devra fixer son stop loss de sorte que son déclenchement lui fasse perdre précisément ces 1%, et en fonction des supports et des résistances, il déterminera si engager le trade est pertinent ou non. De même, la taille de la position, de par l’usage du levier, dépendra de ces 1% et de la volatilité du marché tradé, puisqu’il faut dans la mesure du possible éviter que le stop loss soit déclenché par les pics de volatilité caractérisant le marché traité).

Admettant qu’il soit raisonnable de ne pas être trop exigeant sur le % attendu de trades gagnants, notre trader, après avoir fixé son risque, va donc chercher à maximiser son « rendement », c’est-à-dire à éviter autant que possible de limiter son potentiel de gain.

L’optimisation du ratio r/r est toute la problématique d’un bon money management qui consiste comme nous l’avons vu à limiter ses pertes et à maximiser ses gains :

Cut your losses short & Let your profits run

Les problématiques touchant aux tentatives de prévision du marché et autres méthodes d’analyse fondamentale et technique vont, elles, servir l’optimisation du %.

Mais n’oubliez jamais que 80% du trading réside dans la compréhension et l’application de ce money management.
Les 20% restants sont le déclenchement opportun de la position : analyse technique et fondamentale ET psychologie adéquate qui ne doit pas bloquer cette prise de décision (cf. le billet « the four fears of trading »). C’est ce dernier point qui va déterminer votre % potentiel de trades gagnants. J’écris bien « potentiel », car si le money management vous aidera à maximiser vos profits, il faut néanmoins et heureusement savoir prendre ses gains au moment opportun : c’est ici une affaire de gestion des « trailing stops », ce qui fera l’objet d’un prochain billet, tout comme la gestion du levier, le drawdown, etc… (don’t worry).

Maintenant que vous mourrez tous d’envie de jouer à combiner les ratios et les % pour examiner les espérances de gains correspondantes, ou maintenant que vous allez pouvoir examiner vos comptes en détail, calculer votre « average reward » et votre « average risk », voici un petit outil didactique :

Equity Curve Random Generator

(Have fun ! Et avec plusieurs dizaines de lignes c’est mieux)



Si vous finissez par comprendre qu’on peut gagner en trading avec un nombre de trades perdants supérieur à celui des trades gagnants… Et inversement : que l’on peut perdre avec un nombre de trades gagnants supérieur à celui des trades perdants… Alors ce billet n’aura pas été vain.

Parce que :

« Le nombre de fois où vous avez raison ou tort ne compte pas ; ce qui compte est combien vous gagnez quand vous avez raison contre combien vous perdez quand vous avez tort. »

George Soros

Envoyé Spécial : ces Français de la City

février 5, 2008


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Fr2, Jeudi 31 janvier. Même s’il ne s’affranchit pas des quelques clichés du genre et qu’il sent bon le reportage bouclé à la va-vite tant l’ensemble est superficiel, ce documentaire a eu au moins le mérite d’éviter de soulever les clivages politiques et la critique facile des milieux de la haute finance.
C’est donc sereinement qu’on a pû observer les pérégrinations de ces Français partis travailler en cette place financière de premier plan : Londres.



Ainsi nous parle-t-on d’un « Quant » (quantitative trader, ou analyste quantitatif, matheux intervenant dans le développement des produits dérivés et dans le calcul du risque, ce qui nous permet d’office de préciser que les formations françaises dans le domaine des mathématiques financières sont très reconnues sur les places de Londres et de New York), de Benoît Savoret : Chief Operating Officer Europe chez Lehman Brothers, et de Bertrand des Pallières : fondateur et gérant du hedge fund SPQR Capital (mis en porte-à-faux cet été dans l’affaire de sa Maserati : cliquer sur la photo d’en-tête pour plus de précisions).

On évoque aussi Canary Wharf : le nouveau quartier d’affaires britannique, édifié depuis les années 1991 lorsque les sociétés à la recherche d’espace entreprirent de quitter la City asphyxiée. Aujourd’hui c’est 30 gratte-ciel de bureaux et un taux d’occupation maximal de 99.7% ! On y trouve tout ce qui contribue à y faire un nouveau lieu de vie attractif : squares, centres commerciaux, pressings, bars, coiffeurs, ce qui n’est pas vraiment le cas de la City, ou encore moins de la Défense à Paris, s’il était nécesaire de les comparer.

Sans oublier un rapide clin d’oeil au City Jet, la ligne opérée en franchise par Air France, 100% businessmen tous les matins, et reliant Paris Orly au London City Airport situé à dix minutes du quartier d’affaires éponyme.
Extrait d’un tirage du journal Le Monde de cet été :

Le Cityjet, c’est d’abord le silence. Un silence de petits matins fatigués. Un silence de voyageurs sans enfants. Un silence de professionnels habitués, dans leurs entreprises de la rive droite parisienne, aux portes capitonnées et aux parois de verre infranchissables, pour éviter les délits d’initiés. C’est un silence d’or, celui de la haute finance. Du voyage, on n’entendra que des chuchotements, et une seule voix féminine, celle de l’hôtesse : « Nous vous demandons d’éteindre vos téléphones portables ainsi que vos blackberrys… »

Le « City » de 7 heures, ce vol d’Air France qui relie Orly au City Airport de Londres, l’aéroport d’affaires de la capitale britannique, c’est l’avion des cerveaux de la finance. Il met la première place financière d’Europe à quarante minutes de Paris, et, grâce au décalage horaire, permet d’assister au « morning meeting » de 8 heures. S’y retrouvent donc, autour de quelques grands patrons et de leurs directeurs financiers, les plus gradés des banques d’affaires – leurs managing directors. Inconnus du grand public, ces « MD » sont aussi discrets que puissants. Le pouvoir, c’est souvent savoir faire, savoir se taire, et connaître ce que les autres ignorent. Ces gens-là savent écouter, cogiter, élaborer dans le plus grand secret les stratégies pour mettre en oeuvre les rêves de conquête des plus puissants patrons de France et d’Europe.

Dans l’avion, les passagers semblent en uniforme. Les rares femmes sont plus discrètes encore que les hommes, comme camouflées dans des tailleurs-pantalons sans couleurs. « Le passager du Cityjet est un homme, net et élégant », résume une hôtesse. Tous portent des costumes sombres Hartwood ou Zegna, évidemment de bonne coupe. Dessous, une chemise Pink (la célèbre marque londonienne, signée derrière le col par une étiquette rose). Les boutons de manchette affichent un discret « Please return to Tiffany », les chaussures John Lobb ou Weston complètent l’uniforme. Les cheveux brillent, courts et bien propres. Le prix d’élégance de ces mannequins de la finance ? « Thierry d’Argent, managing director chez JP Morgan », souffle l’un, « François Kayat, MD chez Calyon », ajoute un autre.

Seule audace : certains ont laissé tomber leur cravate Hermès rouge profond à petits chevrons. « Ce sont ceux qui travaillent dans les private equity, décrypte un expert, ces nouveaux fonds d’investissement qui lancent ou rachètent des entreprises qu’ils gèrent ensuite de façon très financière et très privée, loin du CAC 40 et de ses règles, et avec force profits. Les cadors de Carlyle, de KKR, de CVC ou de Blackstone portent souvent le col ouvert. Ils montrent ainsi qu’ils veulent le pouvoir. »

Personne ne jette un oeil au travers des hublots. Les passagers du City de 7 heures prennent l’avion comme d’autres le bus ou le tramway : qui regarde encore les quais du métro ? Pas un regard non plus sur l’hôtesse qui monte et descend la travée. Trop sérieux. Trop fatigués, si tôt le matin. « L’hôtesse, on l’aime discrète, résume un usager. Surtout, ne pas nous déranger. »

Rares sont ceux qui acceptent un café ou un thé. Les passagers du City de 7 heures calculent vite et bien. Malins, ils ont déjà avalé leur jus d’orange et leur croissant dans le salon d’attente qui, à Orly, leur est réservé sans même avoir besoin de sortir leur carte Platinium ou Club 2000 : sur Cityjet, les 93 places sont classées « affaire ». Prendre son petit déjeuner avant de s’envoler, c’est s’offrir pendant le vol quarante minutes de sommeil supplémentaire, voire – luxe suprême – prendre un livre, dont le talon d’enregistrement du vol précédent, qui sert de marque-page, date le dernier voyage, à New York ou à Tokyo.

Le passager du Cityjet, en effet, ne travaille jamais durant le vol. Ce n’est pas qu’il n’aimerait pas. Mais la promiscuité de la cabine est dangereuse. Dans la carlingue, on est toujours le concurrent d’un autre, et les oreilles sont nombreuses. Quelques fuites célèbres demeurent de sinistre mémoire. Le deal Total-Elf n’a-t-il pas failli être éventé sur cette ligne, en 1999 ? Au novice, le « senior » conseille de ne jamais ouvrir une « prèse » – la présentation d’une opération – dans l’avion. « Les jeunes se reconnaissent parce qu’ils parlent trop et trop fort », soupire un quadragénaire. Comme les rares commerciaux égarés sur Cityjet et qui, dans cet univers noir et blanc feutré, semblent aussi criards que leurs costumes.

Les pros se contentent de brèves conversations courtoises et prudentes. Les vacances. La maison de campagne. Le sport, que le financier de haut vol préfère de compétition – le tournoi de tennis ou la régate de voile. Les enfants, que l’on verra enfin, samedi, pour la fête de l’école – un sujet obligé entre Anglais et Français, après les systèmes fiscaux des deux pays. « Chez nous, l’école est gratuite et de service public ; l’anglais paye 15 000 euros après impôts pour la sienne. C’est un inépuisable thème de débat », résume un Parisien.

Quand l’occasion s’y prête, on parle aussi un peu politique : de la campagne présidentielle française, du départ de Tony Blair, de l’élection de « monsieur Sarkooozy », comme disent les Anglais. « On l’évoque comme un divertissement, à la manière de la Coupe du monde de football », raconte un habitué. Un rapide sondage aurait témoigné qu’ils redoutaient l’élection de la candidate socialiste. « Mais, au fond, que Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy l’ait emporté, ça n’avait pas d’effet majeur sur la fiscalité, maintient pourtant l’un d’eux. La politique a un impact patrimonial, mais aucun sur le business. Pour nous, c’est plus important de savoir comment la Communauté européenne va réagir sur une opération de concentration. »

D’un fauteuil à l’autre, le plus souvent, on s’évite poliment. « On fait semblant de ne pas se voir pour éviter de parler : il est trop tôt, et on a la tête pleine des deals du moment », note un habitué. On se cache derrière la presse, on s’absorbe dans son café. Mais, derrière le Financial Times (le « FT ») ou les pages économiques du Figaro – « le critère, c’est le saumon » -, on se mesure, on s’épie. Le statut du voisin se jauge sur deux critères. La mine, d’abord. « Les banquiers les plus jeunes, on les reconnaît à leur air fatigué », s’amuse une des rares habituées du vol. Les traits tirés signent le petit jeune qui a travaillé tout le week-end pour un senior. « L’un s’est aéré dans sa chasse, pas l’autre », décrypte un passager. Fin mars, le « quadra » est aussi plus bronzé : « Il est parti en famille à Meribel. » Autre indice : la mallette. Les seniors adoptent une Hermès ou une Vuitton très fine, quand celles des « petits jeunes » restent en vulgaire toile et bourrées à craquer. Ils y ont en effet soigneusement rangé les books « bindés » (comprenez : les présentations reliées) dont le senior a reçu les « drafts » (les brouillons à valider) par porteur, chez lui, durant le week-end. Il rassemble les idées, mais aussi les chiffres indispensables pour appuyer les démonstrations. Sur la couverture ne figure ni le nom du client ni le sujet de la présentation. Seule la couleur trahit la banque. « Le book est la marque de fabrique de la maison. C’est avec lui que l’on « pitche » le client », explique un banquier dans ce franglais qui signe sa profession.

Le temps, c’est de l’argent. Pour cette élite de la finance, le vol de 7 heures permet de gagner le coeur de Londres en deux heures. « C’est le seul aéroport où le passager peut retrouver une voiture trois minutes après avoir quitté l’avion », souligne le bureau d’Air France à Londres. Le chauffeur de la banque qui attend son passager à la sortie de l’aéroport n’a besoin que de dix minutes pour rejoindre la City, au coeur de Londres. Et de cinq à peine pour gagner Canary Wharf, cette annexe financière imaginée il y a vingt ans par des Canadiens dans l' »East end » londonien, où travaillent désormais 90 000 personnes.

Toutes les grandes banques se côtoient autour des docks : HSBC, Morgan Stanley, Citigroup, Crédit suisse, Lehman… Bien avisées, les chaînes Marriott et Four Seasons proposent à quelques mètres leurs chambres d’hôtel à ces nomades de la haute finance qui dorment souvent la même semaine à Londres, Francfort et Zurich, avides d’aller proposer leurs idées à tous les clients européens.

Au retour, l’oeil est plus vif. Le stress est un peu retombé. On observe avec plus d’attention les présences qui ont du sens. Ainsi les jours de clôture d’appels d’offres du Trésor pour l’ouverture du capital d’entreprises publiques, comme Renault, EDF ou GDF : en promenant discrètement son regard sur les grosses mallettes des jeunes banquiers, qui portent maladroitement le logo de la banque, chacun peut ainsi dresser la liste des banques concurrentes. « Paradoxalement, raconte un « MD », on se découvre dans ces occasions une sorte de connivence et de solidarité dans la fatigue. En arrivant à Paris, on partage même parfois les taxis pour aller à Bercy. »

On repère aussi le passager intéressant. Le président d’entreprise ou directeur financier d’importance, que le banquier concurrent a emmené avec lui pour un « roadshow » avec des investisseurs. Certains jours, on rencontre dans le Cityjet des grands patrons qui, comme Gérard Mestrallet, PDG de Suez, Jean-François Cirelli ou Pierre Gadonneix, patrons de GDF et d’EDF, n’usent pas régulièrement d’avions privés. Ce jour-là, le banquier accompagnateur a droit à beaucoup d’égards de ses pairs. « Le principe, avec les clients, c’est de les faire parler d’eux, comme quand on veut séduire une femme, s’amuse un banquier rodé à l’exercice. On glisse : « Pourquoi vous n’êtes pas calife à la place du calife ? » On demande : « On m’a dit que tu avais une villa fantastique… » Quand on a tout épuisé, on lance la conversation sur les « Nouveaux Barbares » » : « Vous croyez que Mittal va tous nous racheter ? » »

L’apocalypse, en principe, est toujours pour plus tard. De mini-krachs en fausses frayeurs, les cours vont bien finir par remonter, espère-t-on, et le business continuer, avec ses rites et ses coutumes. « Il y a des saisons sur Cityjet », sourit ainsi un banquier. Tous les ans, quand vient la fin de l’automne, on entre de fait dans la saison du « bonus ». Pour un banquier d’affaires, qui gagne entre 100 000 et 200 000 euros par an, le bonus, qui peut représenter plusieurs années de salaire, c’est l’essentiel de la rémunération. Autant dire que le « bonus day », jour où le chef annonce à chacun sa rémunération, représente une date importante. « C’est la somme qui va permettre de réparer la toiture du mas provençal, ou de partir skier en hélico au Canada… », résume un « MD ». On a beau être tenu au secret, comment, ce jour-là, ne pas prendre le risque d’évoquer à mi-mots mais fièrement « ce gros deal qui a permis d’augmenter le bonus pool de l’équipe » ?

Après le temps du bonus vient tout naturellement, entre mars et juin, la saison du « mercato ». C’est la cruelle loi de la finance : à ceux qui ont réalisé un très mauvais chiffre, on fait vite comprendre qu’ils sont indésirables. Les « gros » bonus, eux, se font « chasser » par la concurrence. Ils sont X-HEC-London School of Economics, mais ce n’est plus pour ce pedigree qu’on les sollicite et qu’on les reçoit. Leurs collègues repèrent leurs noms dans le hall du City Airport, inscrits en grosses lettres sur les pancartes de ces chauffeurs pakistanais mandatés pour venir cueillir les passagers prestigieux à la sortie de l’avion. « Ce fut l’un des meilleurs divertissements de l’année 2004, se souvient un « MD » parisien. A chaque vol pour Londres, on lisait le nom de François Pérolle sur une ardoise. On savait qu’il cherchait un job. Il a fini chez Rothschild, avant d’être nommé secrétaire général adjoint de l’Elysée… »

Fin août, tout ce petit monde reviendra de vacances. Les banquiers seront bronzés, emplis, pour quelques jours, d’une sagesse éphémère : durant l’été, une petite voix leur a répété qu’ils travaillaient trop, que les enfants grandissaient sans qu’ils s’en aperçoivent. Au fond, ils possèdent assez d’argent pour vivre comme des rentiers. « Entre nous, on parle parfois de nos femmes, celles qui vivent toute la semaine une vie de desperate housewife, sourit un Français. La seule question qu’on n’ose pas aborder, c’est leur façon de ne pas s’ennuyer. Nous remplacent-elles, comme Gabrielle, par le jardinier ? » Mais s’arrêter, c’est s’avouer qu’on a vieilli. S’arrêter, c’est sortir du club des gagnants. Sans compter qu’on prend vite goût à ce grand Monopoly de la finance, à ces coups de poker permanents qui font les premières pages de journaux. Dans l’avion du retour, en ce lundi de rentrée, ils se souviendront qu’ils n’ont plus que « 70 jours pour faire des deals » avant les fameux bonus. De Londres, de ses musées ou de ses boutiques, ils n’auront rien vu. Tout juste si certains auront eu le temps, avant le vol retour, d’aller chez Pink, place Cabot, dans le centre commercial souterrain de Canary Wharf, acheter un lot de chemises neuves.

Avant l’embarquement, quelques-uns pourront encore, avec le « bon pour un cirage » à 5 livres gracieusement offert aux passagers de Cityjet, se faire lustrer leurs Church’s par le cireur polonais ou ukrainien. Les retardataires appelleront Jeanine Pedlow, la chef d’escale à Londres depuis l’ouverture de l’aéroport et du vol, il y a vingt ans. Une dame follement chic à la voix douce et compréhensive : « Je peux encore gratter dix minutes ? » ou : « Je suis dans le taxi, vous me gardez mon siège ? » Et l’avion n’aura pas encore touché le tarmac d’Orly que, déjà, les blackberrys brilleront dans la nuit.