Archive for the ‘actualités & enjeux’ Category

Foreign Exchange : toujours liquide, encore plus de volume !

mars 9, 2008


forex1.jpg


Bienvenue sur le forex, marché le plus liquide du monde.

Un broker suisse me confiait récemment qu’ils assurent la liquidité instantanément et automatiquement pour toute position ordonnée par leurs clients particuliers jusqu’à 20.000.000 d’euros.
Au-delà, loin d’être impossible, la transaction est assurée manuellement par un de leurs cambistes après accord de la Deutsche Bank qui leur fournit les liquidités : temps de l’opération : quelques secondes de plus…

C’est bien simple, le forex est un marché essentiellement interbancaire où vous ne pèserez, pour ainsi dire, jamais rien. Votre broker vous propose un prix, vous intervenez ou pas, mais vous ne faîtes jamais le marché, contrairement à la bourse.
La seule limite à laquelle vous vous heurterez est celle de la carrure de votre broker, et encore… Avec un capital conséquent les places de prime brokerage vous sont ouvertes.

Le forex est un marché statistique, relativement opaque, technique et graphique à trader.
Les moments les plus évidents dans leurs rapports avec les fondamentaux économiques sont ceux de la publication des statistiques (ISM, chômage, etc…) avec des effets brutaux qui vous font regretter d’avoir une pose ouverte à ce moment là… Sauf si vous êtes bien décidé à vouloir « trader la stat » à vos risques et périls.

Tous les brokers offrent un levier allant de 20 à 100 suivant la taille du compte, parfois beaucoup plus surtout parmi les moins fiables.
Justement la fiabilité : ce marché n’étant pas centralisé, les réglementations, quand elles existent, sont diverses et variées. Les services vous seront proposés par des banques, des brokers ou market makers réputés, en passant par des sociétés douteuses sans capital ni volume sérieux.

A ce sujet, la place Suisse qui ne connaissait pas de réglementation très prononcée contraint désormais ses brokers forex à obtenir le statut de banque d’ici 2009 pour être autorisés à poursuivre leur activité auprès des particuliers, conformément au souhait de la Commission Fédérale des Banques d’abroger l’exception à l’assujettissement des négociants en devises à l’ordonnance des banques.
Les brokers les plus sérieux saluent cette réforme qui devrait faire le ménage dans le pays en conduisant les brokers existants (ceux qui le pourront) à demander une licence bancaire (cher, donc exit les brokers au capital risible), ou à s’adosser à une banque déjà existante (là aussi ça va filtrer).
Plus de détails ici :

modification de l’ordonnance des banques



A part ça, avez-vous remarqué que depuis un an environ, la volatilité des principales paires du marché du forex atteint des niveaux sans précédent ? Ce qui se traduit notamment par des spikes de vol colossaux lors de la publication des stats les plus importantes. Il n’est ainsi plus rare d’observer des spikes de 50 pips et des volatilités journalières comprises entre 100 et 150 pips dont plus de 100 pips exploitables certaines journées de trading.

Ce qui est sans doute à mettre en rapport avec l’augmentation des volumes traités sur ce marché. Accrochez vos ceintures avec cet extrait du journal Le Monde :

Les transactions sur le marché des devises explosent

C’est un montant qui donne le vertige et illustre le rythme de développement quasi exponentiel que connaissent les marchés financiers internationaux.
Selon les statistiques publiées mardi 25 septembre par la Banque des règlements internationaux (BRI) et collectées auprès de 54 banques centrales dans le monde, le volume quotidien des transactions sur le marché mondial des changes s’élève à 3 200 milliards de dollars (2 265 milliards d’euros).
En comparaison, cela représente environ une fois et demi le produit intérieur brut (PIB) de la France.
Spectaculaire en niveaux absolus, ce montant est également impressionnant par la rapidité de la progression observée. Selon la précédente enquête de la BRI, réalisée il y a trois ans, le volume quotidien des transactions sur le marché des changes était « seulement » de 1 880 milliards de dollars en 2004. Cette hausse de 71 %, à taux de change courant, et de 65 % à taux de change constant, est « sans précédent », note la BRI.
Pour mémoire, lors de la première étude réalisée en 1992, ce volume s’établissait à 820 milliards de dollars.
Pour expliquer cette explosion des montants, la BRI, qu’on surnomme aussi la banque centrale des banques centrales, met en avant l’essor de nouveaux acteurs des marchés financiers, en particulier les hedge funds, ces fonds spéculatifs, essentiellement originaires des pays anglo-saxons, qui gèrent de façon dynamique et à très court terme les capitaux que leur confient leurs clients.
« La tendance des investisseurs institutionnels disposant d’un horizon de placement à plus long terme à détenir des portefeuilles plus internationalisés pourrait aussi avoir joué », ajoute la BRI. De fait, les compagnies d’assurances ou les caisses de retraite, qui se contentaient de placements plutôt nationaux, n’hésitent plus désormais à placer leur argent au-delà des frontières, ce qui les oblige à réaliser des conversions de devises.
Certains n’hésitent pas à jouer sur les écarts de taux entre pays, empruntant dans des devises comme le yen ou le franc suisse où les taux d’intérêt sont très bas pour les replacer dans des pays où ils sont plus élevés.
« Le développement des techniques sophistiquées de trading, notamment celles faisant intervenir des outils mathématiques complexes, pourrait aussi avoir favorisé les transactions sur le marché des changes », souligne la BRI. La publication de cette étude, intervenant en pleine crise financière, a de quoi nourrir les critiques contre l’importance démesurée prise aujourd’hui par les marchés de capitaux et par la déconnexion croissante entre la sphère financière et la sphère économique réelle.
Le volume quotidien de 3 200 milliards de dollars de transactions sur le marché des changes représente plusieurs centaines de fois celui des échanges commerciaux véritables.
Les professionnels de marché tiennent toutefois à relativiser ce décalage. Ils soulignent que l’importance des volumes, essentiellement entre banques, est le garant de la liquidité du marché, c’est-à-dire la possibilité pour tout acteur (gestionnaire, entreprise, etc.) de pouvoir acheter ou vendre une devise au prix désiré. Ils observent aussi que le boom des transactions sur le marché des changes est lié au développement de nouveaux instruments financiers dits dérivés permettant aux entreprises de se protéger contre les fluctuations des devises.
C’est ainsi que, selon la BRI, le montant quotidien des opérations de gré à gré sur produits dérivés est passé de 1 220 milliards de dollars en 2004 à 2 100 milliards en 2007. Il a été multiplié par près de six en neuf ans !
Le dollar reste de loin la plus importante devise sur le marché des changes, même si elle a perdu 2,4 points de pourcentage en trois ans. Il figure dans 86,3 % des opérations. Chaque monnaie est forcément comptabilisée en double car deux devises sont impliquées dans une transaction.
L’euro, pour sa part, est resté quasiment stable (- 0,2 point) à 37 %, tandis que le yen a baissé de 3,8 points à 16,5 %.
La BRI relève aussi que le dollar hongkongais a été beaucoup négocié, « probablement du fait des liens entre Hongkong et la Chine ». « Quoi qu’il en soit, relève la BRI, la part de marché des devises des pays émergents sur le marché des changes a augmenté. Elles sont impliquées dans près de 20 % des transactions en avril 2007.
Du côté des places financières, la City de Londres conserve et accentue même sa position de numéro un sur le marché mondial des changes avec 34,1 % de part de marché contre 31,3 % en 2004. Viennent ensuite les Etats-Unis (16,6 %), la Suisse (6,1 %), le Japon (6 %) et Singapour (5,8 %). La France arrive en huitième position avec 3 %.

Best of the Trading World : zoom on UAE

février 3, 2008


world.jpg



Pour le spectateur néophyte, Dubaï, c’est une recrudescence anarchique de gratte-ciel et quelques projets pharaoniques voire mégalomaniaques qui poussent en plein désert. C’est aussi quelques résidences de luxe et quelques grands événements internationaux : courses de chevaux, salons nautiques,… Le tout bien entendu financé par des pétrodollars en quantité quasi-illimitée.

En réalité c’est tout de même un peu plus que cela. Parce qu’aux Emirats Arabes Unis, on a certes du pétrole, mais aussi des idées. Il vaudrait mieux me direz-vous, ça aide à assurer son avenir quand on sait que la manne pétrolière ne pourra plus fournir une telle rente encore très longtemps.

Et l’avenir, dans les Emirats, de Dubaï à Abu Dhabi, on le voit grand, très grand.

Et parce que faire du trading son activité principale, c’est avant tout vouloir être au cœur de la planète politique et économique, c’est vouloir observer en direct l’impact de tous les mouvements du Monde sur sa plate-forme de transaction, c’est traiter en direct les réactions de la planète finance aux soubresauts géopolitiques, alors le Trader doit actuellement être en mesure d’anticiper la montée en puissance des Emirats.

On a beaucoup parlé récemment des fonds souverains des Emirats Arabes Unis (à titre d’exemple celui d’Abu Dhabi dispose d’une puissance de feu de près de 1.300 milliards $), et de leurs achats de par le Monde (Qatar : Lagardère ; Dubaï : EADS). On a aussi beaucoup réagi, souvent excessivement, à l’immense chantier culturel qui commence par le partenariat d’Abu Dhabi avec le Louvres et avec la Sorbonne, et qui n’est que la partie émergée d’une réalisation ambitieuse consistant à faire de cette place, la capitale culturelle du Moyen-Orient.

Ainsi, le fait est que les UAE semblent parfaitement préparer l’après-pétrole… Sont-ils entrain de devenir le centre du Monde ? En tout cas leur attrait est sans égal, leurs prises de participation se font croissantes, les contrats sont de plus en plus significatifs avec le reste du monde (Emirates…). 200 sociétés française sont actuellement implantées à Dubaï (Danone, Bouygues, L’Oréal, BNP, …), Dubaï qui est déjà devenu le premier centre d’affaires du Moyen-Orient.

D’ici quelques années, qui aura la plus grande influence ? Quel sera le carrefour incontournable du monde des affaires ? Vers où vont se tourner les jeunes diplômés ? Il semble qu’il n’y ait qu’une réponse…

Et si on ne cesse d’en parler dans l’actualité économique, c’est peut-être le signe qu’on commence enfin à comprendre que même sans le baril, les Emirats ambitionnent de demeurer les plus riches et de tout conserver sous contrôle plus ou moins direct.

« Dubai’s vast economic growth is the result of some visionary economic models that were put in place over 15 years ago and are now bearing fruit. From 1990 to today, we’ve seen a huge influx of talent. We’ve been able to attract immigrants. Today, ‘Dubai’ is a brand name. »

Haissam Arabi, head of asset management at Shuaa Capital



En témoigne le pourcentage incroyable d’Européens et d’Américains à Dubaï, là où on parle déjà plus l’anglais que l’arabe.

En témoignent aussi les craintes manifestées ça et là… Et les vélléités de certains Etats d’être présents sur la place. Nicolas Sarkozy ne vient-il pas de s’y rendre accompagné de six patrons du CAC ?

Si bien que le Sénat français a lui aussi décidé d’y aller de ses petites analyses en se rendant dans cette région du globe vers laquelle tous les regards semblent unanimement converger, pour finalement nous rédiger un rapport qui mérite le détour, intitulé :

Le nouvel âge d’or des fonds souverains au Moyen-Orient



Tout ça, c’est ce qu’on doit garder à l’esprit : qui sont les décideurs.

Mais il se trouve qu’en plus Dubaï figure en cinquième position dans le classement des villes les mieux placées pour exercer son activité de Trading. Et pour cause, les personnes physiques n’y supporteront aucun impôt, ni sur les revenus, ni sur le capital. Pour les sociétés, de nouvelles zones franches existent, au sein desquelles vous serez propriétaire à 100% de votre compagnie (ailleurs : un Emirati devra en posséder 51%).

Qui a dit intéressant ?

dubai.jpg

La crise des « subprimes »

janvier 29, 2008


12.jpg



Petit et synthétique billet sur l’actualité économique (non, je ne parlerai pas de Jérôme Kerviel, laissons cet homme en paix en attendant les résultats de l’instruction et ne cédons surtout pas à la tentation du lynchage en règle orchestré ces derniers jours par les médias de tout bord), l’actualité donc, tout simplement la crise des subprimes, parce que c’est essentiel de la comprendre.


Qu’est-ce qu’un crédit subprime ?

Pour faire simple, disons que les crédits « subprime » sont les crédits immobiliers (essentiellement, puisqu’on y trouve aussi les cartes de crédit et les locations de voitures) qui concentrent les prêts hypothécaires des emprunteurs à risque .

Cette clientèle à risque, qui comprend donc les emprunteurs les moins solvables, se voit proposer de telles facilités d’endettement en contrepartie d’une majoration du taux d’intérêt applicable : « prime ». Sachant que ces crédits sont majoritairement souscrits à taux variables.

On estime que le marché des subprimes représente presque ¼ du marché total des prêts immobiliers.

Cette tendance a été encouragée par les lois en vigueur afin de permettre l’accès le plus large possible à la propriété.

Tant que les taux d’intérêt n’excédent pas les capacités de remboursement des ménages américains et que le marché immobilier poursuit sa croissance, l’endettement des ménages reste contenu, et leur patrimoine se valorise, ce qui, pour ce dernier point, a une double conséquence : la possibilité pour les ménages de vendre leur bien avec plus-value, et la valorisation des réserves hypothécaires des banques qui constitue la première de leurs sûretés contre les défauts de paiement.

Telle était la situation à peu près équilibrée avant la « crise ».


L’origine de la crise :

La crise puise son origine dans le double mouvement de ralentissement de la croissance du marché immobilier, voire de baisse dans certaines régions (certains parleront de dégonflement de la bulle immobilière US), et dans la remontée des taux d’intérêt.

Logiquement, ceci a entraîné un formidable accroissement des défauts de paiement des ménages, et conjointement la diminution de la valeur des garanties hypothécaires censées justement couvrir ces défauts de paiement.

La vente aux enchères de la multitude de biens saisis a encore précipité la chute du marché immobilier.

C’est à partir de ce moment (août 2007) que de nombreuses sociétés de prêts hypothécaires à risque firent faillite.


La transmission de la crise :

La crise d’origine américaine s’est propagée dans le monde en entraînant une crise boursière, et ce, sous l’effet du phénomène de titrisation des créances.

La titrisation consiste à transformer une créance, initialement conservée jusqu’à majorité dans le portefeuille du créancier, en un actif financier négociable sur le marché.

Cette mise sur le marché des créances, et en l’occurrence des créances subprimes, procédé développé à la fin des années 1980 aux Etats-Unis, a deux avantages : redistribuer le risque entre les nouveaux détenteurs des créances morcelées = transfert du risque, tout en permettant aux banques de se refinancer en liquidités = accès à une nouvelle source de financement.

Or, ce qui devait à l’origine prendre la forme d’une répartition optimale des risques par le marché, a au contraire, de par la nature essentiellement spéculative de l’opération, amené la concentration des créances titrisées au sein des portefeuilles en nombre restreint des investisseurs qui pariaient sur le fait qu’un tel arbitrage du risque se perpétuerait : les banques, les compagnies d’assurance, les fonds de pension, et les fonds spéculatifs… Et ce, dans le Monde entier.

A ce stade, soyons clair : la titrisation n’est pas en tant que telle une cause de la crise des subprimes, mais plutôt son mode de structuration (que je ne développerai pas ici), et surtout le contexte économique dans lequel cette circulation d’actifs se place.

Confrontés à la chute de la valeur de leurs actifs, les institutionnels trop exposés aux subprimes furent mis en difficulté. Ce fût le cas de la Bear Stearns et de la Northern Rock.

Ce fût aussi l’explication du gel des fonds de la BNP Paribas, indirectement engagée comme les autres banques dans le financement des fonds investis en subprimes.

Il en a résulté un effet massif de contagion aux marchés internationaux, et même des craintes de contagion à l’économie réelle (cf. la menace de récession aux USA).

La France subit comme les autres pays l’impact de la crise américaine, ceci dit les banques françaises sont apparues comme moins exposées aux subprimes car peu impliquées sur le marché américain de la titrisation, contrairement aux banques allemandes par exemple.

Pour autant, leur exposition aux subprimes n’est pas nulle : 1.6 milliards d’€ pour Calyon, 200 millions pour BNP Paribas, et…à l’origine 550 millions pour la Société Générale… Puis plus vraisemblablement près de 2 milliards d’€ annoncés.

Notons que cette exposition et la diminution des bénéfices qui en résultera a été plutôt correctement intégrée par les marchés mondiaux.
En effet, l’enveloppe des crédits tourne autour de 1.000 milliards de $ ; avec un taux de défaut constaté de 20%, et une récupération de la moitié de la valeur des biens sinistrés, c’est donc une perte maximale de 100 milliards de $ à prévoir pour le système bancaire. A comparer aux plus de 300 milliards de profits que font les banques chaque année. Et la bourse a déjà anticipé en révisant à la baisse d’un tiers l’appréciation des valeurs bancaires.